Allez, je vous raconte comment tout s’est passé. C’était
vraiment une journée pourrie, ce mercredi, et je ne souhaite à personne d’avoir
à en vivre une comme ça.
D’abord, il me faut revenir à Lundi, jour où j’ai rencontré
mon avocat pour la première fois. Il s’apelle Maître B. J’ai mis entre un mois
et demi et deux mois à réussir à l’avoir au téléphone, comme vous le savez,
mais quand enfin j’ai réussi à lui parler, il m’a semblé plutôt sympa. Valérie
a eu la gentillesse de m’accompagner comme ça nous avon été deux à l’écouter et
à pouvoir lui poser des questions pour mieux comprendre. De plus, cela m’a
donné beaucoup de courage qu’elle soit là. J’avais rendez-vous à 11h au
tribunal, je devais l’appeler et il arrivait. Nous sommes arrivés à 10h40 et
nous l’avons contacté. Il terminait un truc et nous rejoignait à la cafétéria,
donc nous sommes allés prendre un café avec Valérie.
Nous avons vu ce grand monsieur d’une trente-cinquaine
d’années entrer dans la cafétéria et nous nous sommes de suite reconnus. Il a
pris un thé et nous avons discuté pendant une bonne heure ensemble. En gros, il
a expliqué que l’affaire l’inquiétait beaucoup moins que ce qu’il pensait avant
d’avoir eu accès à mon dossier. Vu que je reconnaissais les faits, mais pas la
volonté d’avoir enregistré ces 11 photos, puisqu’il s’agit d’un sujet qui ne
m’intéresse pas, il me suffisait d’expliquer ça et lui se chargerait du reste.
Il allait parler d’une non concordance dans les dates qui l’interpellait, vu
que des questions m’étaient posées sur mon compte AOL qui était pourtant fermé
depuis 5 mois au moment des faits, et de plein d’autres choses. Il m’avait
demandé de lui fournir le maximum de papiers qui signifiaient que j’étais
gentil, et un mec chouette en gros, donc je lui avais photocopié mon contrat à
l’hôpital psy, mes rapports de stage élogieux (quoiqu’ils sont tous élogieux,
d’ailleurs), et plein de trucs qui expliquaient que j’avais toujours bien
bossé.
C’est avec un sentiment de confiance que nous sommes sortis
du tribunal avec Valérie, puis nous avons téléphoné à mes parents qui ont
finalement promis de remonter de Fréjus pour m’assister. Nous avons déjeuné
ensemble avec Valérie, après être retournés chercher Mathieu pour qu’il prenne
le dessert au McDo avec nous. Tout s’est bien passé, et mon angoisse avait un
peu disparu.
Mardi, ça allait, j’ai pas mal réfléchi, vécu la scène qui
allait se passer le lendemain, même si je savais pas comment ça allait se
passer, en anticipant toutes les merdes qui pourraient arriver pour une raison
X ou Y ou n’importe quelle autre raison… Mes parents sont arrivés Mardi soir,
et nous les avons retrouvés, le bien aimé et moi chez Valérie. On a pas mal
dîné, mais l’angoisse est remontée progressivement.
Mercredi matin, réveil en fanfare, avec l’estomac qui se
tordait dans tous les sens, les intestins pas mieux, et tout ce que peut
contenir un corps humain de viscère, dans un état proche de l’Ohio. Nous sommes
allés chez Valérie, encore une fois pour déjeuner, mais je n’ai pas pu avaler
grand chose, et enfin, nous sommes partis pour Evry. Arrivés un peu juste, à
13h30, nous ne savions pas dans quelle salle ça se passait, mais Maman et
Valérie ont trouvé avant nous. Nous sommes entrés dans la salle pénale et avons
découvert comment ça se passait.
Dès l’entrée, 4 rangs de bancs en bois, un peu comme à
l’église, séparés par une allée centrale. Tout au fond de cette salle se
trouvait une large table située en hauteur où siègent le président au centre,
les deux jurés, ou assesseurs à sa droite et sa gauche. A l’extrême droite du
président (donc à gauche pour nous), la greffière, à l’extrême gauche du
président, le ministère public, ou procureur de la république, c’est à dire la
dame qui va faire son réquisitoire pour chacune des affaires. Le réquisitoire,
c’est pas compliquée : Le procureur résume ce qui s’est passé, établit les
éléments de culpabilité ou bien les éléments qui ne permettent pas de prouver
la culpabilité, et propose une peine.
Devant cette grande table, à gauche, un petit bureau occupé
par l’huissier d’audience. C’est un monsieur qui est chargé du bon déroulement
de la séance, qui surveille que tout le monde enlève son chapeau ou sa
casquette en entrant dans la salle, que personne ne fout le bordel pendant la
séance, et surtout qui annonce que le tribunal (le président et ses assesseurs)
arrive ou repart et qu’il faut alors se lever. C’est ce monsieur que je suis
allé voir lorsque je suis arrivé dans la salle, pour dire que j’étais présent.
Il a juste coché mon nom sur son programme des festivités, et m’a dit d’aller
m’asseoir et de venir à la barre quand on m’appelerait. Tête de Mister Bean n’a
rien ajouté et a continué à mâcher son chewing-gum à la manière d’une grosse
vache ayant perdu son dentier, son bovin regard scrutant paresseusement
l’ensemble de la salle.
A gauche un peu plus en avant dans la salle, les prévenus,
leurs avocats, avec un box en plexiglas pour les gens qui sont déjà en prison
et qui sont amenés à comparaître pendant leur détention des fois qu’ils aient
recommencé des trucs, ou bien qu’ils soient en comparution immédiate, c’est à
dire qu’ils ot été attrapés par la police et mis en détention provisoire le
temps d’être jugés au vu de leur dangerosité immédiate.
En face, la défense ou partie civile. C’est à dire les gens
qui ont subi le préjudice, s’il y en a ainsi que leurs avocats.
Après l’entrevue avec Mr Bean, nous nous sommes assis au
troisième rang et la longue attente a pu commencer. Autant vous dire que je
n’en menais pas large. Maman à ma gauche ne bronchait pas, Valérie à ma droite
pas plus, Papa à la droite de Valérie frôlait le malaise à chaque minute et m’a
causé une inquiétude quasiment plus grande que mon propre sort qui allait se
jouer dans l’après midi. Le bien aimé était à la droite de Papa, donc loin de
moi et j’ai pas trop osé demandé à être près de lui, mais j’aurais bien aimé.
Angoisse supplémentaire, mon avocat était absent, donc j’ai bien flippé encore.
Heureusement, il est arrivé pendant le jugement de la seconde affaire.
La première affaire, c’était un monsieur qui était déjà
emprisonné (on dit incarcéré, c’est plus correct et joli, mais on s’en fout) et
donc qui passait en comparution immédiate. Ben oui, si les juges décident qu’il
n’a pas besoin de prison, inutile qu’il croupisse pendant 9 mois dans sa
cellule le temps qu’il soit jugé. Moi j’ai pas croupi 9 mois dans ma cellule,
mais dans ma tête, mais ça, ils s’en foutent… Alors donc, ce monsieur était
jugé pour récidive de pouet-pouetage d’entrejambe de mineur. Il s’était arrêté
en voiture pour demander son chemin à un jeune homme de 15 ans, mais après
avoir eu son renseignement, il lui a fait pouet-pouet, et visiblement lui a
proposé des choses sales. Ce monseur était suivi par un psy, mais ça ne l’a pas
empêché de recommencer. La mère du jeune homme s’était portée partie civile,
mais n’a pas décroché un mot, c’est son avocat qui a tout fait. Le jeune homme
en question était partie civile mais était absent car il était malade. Le
monsier a été condamné à de la prison ferme car c’était un cas de récidive et
en gros, il n’a rie dit pour sa défense. De plus, il n’avait pas joint son
avocat habituel car il était en vacances, et il n’avait pas assez de sous pour
s’en payer un autre, vu qu’en prison, à mon avis, on n doit pas très bien
gagner sa vie… Il a été aussi condamné à verser des dommages et intérêts, et à
continuer de se faire suivre psychiatriquement.
La deuxième affaire, c’était une dame d’une vingtaine
d’année qui était aide à domicile et qui a visiblement escroqué la vieille dame
dont elle s’occupait en lui volant des chèques et en les utilisant. Elle a été
jugée par défaut, c’est à dire qu’elle n’était pas présente à son audience.
Elle a été condamnée à de la prison ferme et à verser des dommages et intérets,
car la vieille dame s’était portée partie civile et avait un bon avocat.
La troisième affaire, c’était un jeune homme qui avait
agressé des policiers lors d’un contrôle d’identité sur la nationale 7. Il
avait 3,40g d’alcool dans le sang, roulait beaucoup trop vie, a usurpé
l’identité d’un ami à lui, a insulté et tenté de frapper les policiers. Il
était également déjà incarcéré. Il s’est un peu défendu comme une merde, mais
d’un autre côté, comment se défendre de tels trucs, quand les policiers sont
partie civile et l’ont sacrément chargé ? Sa sœur avait aussi fait une
déposition à son encontre, estimant qu’il était psychologiquement instable et
inadapté, bref, il avait un dossier sacrément chargé. Il a été maintenu en
prison aussi.
Bon, je vais pas vous détailler les autres affaires, car
celles-ci étaient celles que j’ai écouté avec le plus d’attention. Après,
j’avoue que j’ai décroché, et l’angoisse avait pris la place de ma vigilence.
Depuis 13h30, nous attendions, et je ne suis passé que vers 16h et des bananes.
J’ai d’abord confirmé mon identité, ainsi que les faits qui
m’étaient reprochés, et ensuite, le président m’a demandé d’expliquer les
choses qui m’étaient reprochés. J’ai alors parlé de ces 11 photos sur 1000 qui
s’étaient trouvées sur mon disque dur sans que je le souhaite, et que je ne
consultais pas. J’ai précisé que c’était un sujet qui ne m’intéressait pas,
bref j’ai expliqué les choses comme Maître B m’avait dit de le faire. Ensuite,
le président m’a demandé si je vivais en couple, si nos parents étaient au
courant, comment ça se passait au niveau de l’école, et d’autres choses au
niveau psychologique, pour définir un peu mon cadre de vie. Je pense que malgré
mes genoux flageolants, mon envie de vomir sur les juges et surtout sur la sale
gueule de l’assesseur blonde coiffée au carré et sur le procureur, mon
impression de milliers d’yeux fixés sur mon dos, le sentiment de malaise
imminent de mes parents, de ma sœur et de mon bien-aimé que je percevais à
plusieurs mètres de distance, je me suis plutôt présenté de manière claire,
sans bafouiller, ma voix était assez forte, mon regard franchement planté dans
les yeux bleus du président. Il me semble que j’ai dit plusieurs fois :
« J’espère que je suis très clair sur ce point » car je me voulais
très clair sur certains points, et enfin, le président m’a demandé de m’asseoir
sur le banc des accusés.
C’était le tour du procureur de parler. C’était une jeune
femme d’une vingt-cinquaine d’année, semble-t-il, qui a résumé les faits, a
semblé un peu m’enfoncer au début, mais a précisé qu’au vu de mon insertion
positive dans la société, de mes études franchement réussies, et de mon cadre
de vie, elle réquisitionnait seulement une peine à titre d’avertissement de
trois mois de prison avec sursis, et à ma grande surprise, aucune amende.
Ensuite, Maître B a pris la parole pour me défendre. Il m’a
sacrément bluffé, car, même s’il est passé par des chemins détournés, et
sacrément malin, occasionnant des sueurs froides à mes parents et au bien-aimé,
mais pas à ma sœur, vu qu’elle était présente lors de notre entrevue du lundi.
Il n’a oublié aucun détail dans son discours, précisant que la plupart des
photos étaient « limites » mais qu’elles ne reflétaient aucunement
une inclination pédophile de ma part, que cette comparution était excessive par
rapport aux faits qui m’étaient reprochés, que normalement, j’aurais dû
bénéficier d’un jugement plus rapide, en CRPC, comme prévu précédemment et que
je suis retourné plusieurs fois au commissariat pour changer ma convocation, ce
qui avait occasionné encore plus d’angoisse. Il a aussi parlé du fait que je
m’étais retrouvé en perquisition dans la maison de retraite, menotté, et que ça
avait traumatisé les personnes âgées, bref, que je m’en étais pris plein la
gueule pour pas un rond…
Le président m’a demandé de me relever, et m’a demandé si
j’avais quelque chose à ajouter, ce que j’ai répondu par la négative. Enfin, il
m’a dit que je pouvais me rasseoir.
La longue attente a recommencé, car il y avait plein
d’autres affaires après moi. Notamment, plusieurs jugements par défaut, où le
prévenu n’était même pas présent, et même pas représenté par un avocat. Je suis
allé fumer trois clopes d’affilée avec le bien-aimé, puis nous sommes revenus
dans la salle pour en ressortir aussitôt car les jugements étaient finis, et
les juges s’étaient retirés dans la salle secrète (en fait, c’est la salle des
délibérés) pour discuter. Nous avons attendu au moins encore une
demie-heure, quand Mr Bean est venu
nous voir car Maître B avait disparu, et il nous incombait de le prévenir que
les résultats allaient être donnés. Heureusement, il a aussitôt répondu et m’a
dit qu’il arrivait de suite. Mon résultat a été donné en deuxième, si bien que
je n’ai quasiment rien entendu des autres jugements rendus. Les juges ont opté
pour suivre les réquisitions du procureur. J’ai donc trois mois de prison avec
sursis, pas d’amende. Par contre, je suis inscrit sur le bulletin B2 du casier
judiciaire (je pourrais demander mon effacement dans 6 mois, et quoiqu’il en
soit, selon l’avocat, cela ne me portera pas préjudice pour mon travail) et sur
le FIJAIS (FIchier Judiciaire des Auteurs d’Infraction Sexuelle) pendant une
durée d’un an. Cela implique qu’il faut que je justifie de mon adresse dans les
15 jours, ainsi que pendant le mois de mon anniversaire. Surtout, faut pas que
j’oublie, sinon, c’est la mégacata. J’ai soufflé un très grand coup, j’ai signé
les papiers, et je suis sorti. Maître B m’a expliqué et précisé les choses,
mais bon, comme j’avais bien compris, je me suis pas étendu, et nous sommes
partis après l’avoir remercié. Autant vous dire que le chemin du retour a été
plus léger qu’à l’aller.
En tous cas, merci à ceux qui auront eu le courage de tout
lire et pis surtout à tous ceux qui m’auront soutenu dans cette difficile
épreuve. Je suis enfin tranquille ! Depuis le 9 Novembre dernier, je ne
dormais plus, je faisais sans arrêt des cauchemars et c’était un peu
insupportable.
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